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Actualités de l’égalité femmes-hommes dans le travail en France
 

AVARANEWS N° 51- MARS 2022


TRIBUNE

Actualités de l’égalité femmes-hommes
dans le travail en France

Photo TXT 3 Egalité

 

 

« Ni bonnes, ni nonnes, ni connes ». On se souvient de ce slogan clamé par les collectifs d’infirmières qui battaient le pavé des grandes villes françaises en 1988 et qui visait tout à la fois à dénoncer la naturalisation de leurs compétences et à revendiquer la reconnaissance de leur métier. La page est loin d’être tournée.

 

La publication du 18 novembre 2021 du troisième état des lieux du sexisme en France par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) témoigne surtout de l’importance du chemin qui reste encore à parcourir (1). Il y est patent que la division sexuelle du travail en général, qui « a pour caractéristique l’assignation prioritaire des hommes à la sphère productive et des femmes à la sphère reproductive ainsi que simultanément la captation par les hommes des fonctions à forte valeur ajoutée (politique, religieuses, militaires, etc.) », selon la sociologue Danièle Kergoat, demeure très solide dans ses deux principes organisateurs (2).

D’une part, le principe de séparation selon lequel il y aurait des travaux dédiés aux hommes et d’autres aux femmes, s’est trouvé particulièrement mis en évidence avec la crise sanitaire et le déploiement du télétravail. Ainsi, ce que le rapport du HCE souligne, sans viser l’exhaustivité, c’est d’abord un phénomène de destruction des emplois occupés majoritairement par les femmes avec « la baisse de l’emploi peu qualifié et précaire et du sous-emploi ». C’est ensuite, l’exclusion des femmes des métiers dits porteurs qui créent pourtant le plus d’emplois. C’est enfin, les menaces que le télétravail fait peser sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes s’investissent en effet plus que les hommes dans la sphère domestique et disposent moins d’un environnement de travail adéquat au domicile.

D’autre part, force est de constater également que le principe hiérarchique selon lequel un travail d’homme aurait plus de valeur qu’un travail de femme n’a malheureusement pas perdu de sa vigueur. En premier lieu, à partir du sondage BVA de 2020, le rapport du HCE met en exergue les différences de perception des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes. Les résultats du sondage montrent en effet que 91 % des femmes considèrent que ces inégalités sont très importantes, contre 65 % pour les hommes. De même, elles sont 88 % à considérer qu’il est plus facile « de faire carrière » pour un homme contre 54 % pour ces derniers. Enfin, 82 % répondent positivement à la proposition selon laquelle « dans le monde du travail, les femmes sont confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes », contre 60 % pour les hommes. En second lieu, le rapport du HCE témoigne de la multiplicité des manifestations sexistes envers les femmes dans l’entreprise, tels que l’humour sexiste, les incivilités et discriminations au quotidien et la remise en cause de leurs capacités managériales. Ce qui n’exclut pas pour autant d’autres formes de manifestations de sexisme, cette fois-ci envers les hommes, fondées sur les stéréotypes de genre masculin et les préjugés relatifs au temps partiel lié à la paternité.

Le rapport du HCE formule 21 propositions pour lutter contre le sexisme. Nombre d’entre elles concernent le secteur de la presse écrite pour lequel la place des femmes dans les organisations et les contenus écrits est, en particulier, analysée dans le rapport, qui conclut en  « une évolution réelle mais souvent très insuffisante ».

Globalement, les politiques d’entreprises de lutte contre le sexisme, comme les politiques publiques, sont jugées suffisantes pour faire reculer les inégalités professionnelles par seulement un tiers des femmes alors que les hommes les jugent suffisantes pour plus de la moitié d’entre eux.

À la lecture de ce rapport, la promotion des dispositifs de lutte contre le sexisme demeure une priorité en France. Il y a sans doute lieu de souligner à cet effet qu’en septembre 2021, sous l'impulsion de la France, l'Organisation internationale de normalisation (ISO) a approuvé la fondation d'un comité de projet dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes dont l’objectif consiste à créer la première norme internationale sur l’égalité femmes-hommes. Ce projet de norme internationale est placé sous le haut patronage du président de la République. Il est porté conjointement par trois ministères. La France prend donc le leadership normatif sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans le monde au travers de la commission de normalisation Afnor « Égalité entre les femmes et les hommes » (3).

Pour conclure, la lutte contre l’idéologie et les pratiques sexistes qui traversent la division sexuelle du travail ne sera pleinement efficace que si elle considère également la division du travail concrète (4), comme le préconisait aussi Danièle Kergoat. De ce point de vue, les politiques de santé et de qualité de vie au travail des organisations doivent accompagner ces transformations culturelles. Et, les DRH peuvent les considérer comme une formidable opportunité de transformation des pratiques managériales et de l’amélioration du bien-être au travail.

Source :  infoRH

Fabrice Gutnik, maître de conférences associé UPJV et consultant Afnor Compétences

 

(1) Rapport annuel 2020-2021 sur l’état du sexisme en France, Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, novembre 2021.

(2) Kergoat D. (2001) : "Le rapport social de sexe. De la reproduction des rapports sociaux à leur subversion", Actuel Marx, 30, p. 89.

(3) https://www.afnor.org/actualites/guide-pratique-demarche-egalite-femmes-hommes/

(4) Kergoat D. (2000) : "Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe", in Hirata H., Laborie H., Sénotier D. (dir.), Dictionnaire critique du féminisme, Paris, PUF, p. 40.

 

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