La bienveillance : une valeur en tension

Politesse et courtoisie peuvent être considérées comme une première approche de la bienveillance. Il s’agit d’un comportement régi par des règles ayant pour but de faciliter la vie en société ; un premier pas pour une relation humaine équilibrée.
Chacun a pu observer qu’il suffit, le plus souvent, d’un sourire ou d’une parole aimable pour installer une relation apaisée. A contrario il suffit d’une remarque ironique, a fortiori d’une parole malveillante pour gâcher la journée d’une personne.
La bienveillance est largement revendiquée dans toutes les sphères de la vie en société en particulier dans le milieu médical, scolaire et dans l’entreprise. Avec un succès inégal il faut bien le reconnaître.
La bienveillance dans le monde du travail
Compte tenu de l’impact des nouvelles technologies, d’une concurrence mondialisée, de la prédominance des résultats financiers à court terme, de la pression d’un temps raccourci… tout cela rend difficile l’installation d’un climat de confiance, première condition pour un management bienveillant et occasionne une perte de sens du travail de chacun.
Il est devenu plus difficile de trouver le juste équilibre entre engagement professionnel et vie privée.
La bienveillance est une valeur rare en entreprise. Elle est, le plus souvent, remplacée par une culture de la performance à court terme. Selon une étude récente d’OpinionWay 1 cadre sur 5 serait concerné par un burn out.
En France la formation des managers prépare assez mal à la pratique d’un management bienveillant, elle reste trop théorique (pas assez d’études de cas concrets et de jeux de rôle par exemple). Il faudrait mettre en avant l’importance de La reconnaissance, de l’écoute, de la convivialité et de l’engagement collectif.
En cas de forte tension, voire de conflit en milieu professionnel trois attitudes sont possibles : la passivité, l’agressivité, la manipulation et l’assertivité qui consiste à s’affirmer dans respect de l’autre. Ce qui suppose être ouvert, à l’écoute et essayer de trouver les mots justes pour émettre une vérité parfois difficile à entendre.
« La bonté fait du bien à celui qui donne et à celui qui reçoit. » William Shakespeare
La bienveillance dans la société civile
Entre les personnes, la bienveillance (ou la gentillesse) est devenue plus rare en France où défiance et pessimisme prédominent. De plus, Internet et les réseaux sociaux favorisent le repli sur soi. La solidarité ne se conçoit plus désormais qu’au niveau individuel, à base d’émotion. La multiplication des actes barbares dans le monde et leur perpétuation provoque un sentiment d’impuissance qui finit par mener à l’indifférence.
Les réseaux sociaux ont un impact ambivalent sur la bienveillance : ils favorisent l’entraide, la libération de la parole et la création de communautés positives, mais aussi la malveillance et le harcèlement. Force est de reconnaître qu’une bonne partie des messages diffusés sur les réseaux sociaux relèvent souvent davantage de la malveillance que de la bienveillance. Cela contribue à propager une sorte de pollution morale. C’est ainsi, par exemple, que le harcèlement scolaire via les réseaux sociaux est devenu une préoccupation à l’échelle nationale.
Une certaine forme de diffusion de la violence est due selon Hartmut Rosa (auteur de l’ouvrage : Accélération, une critique sociale du temps) à l’accélération de la société et l’avènement d’une « civilisation de l’impatience ». Cela crée une impatience chronique qui peut conduire à des accès de colère non maîtrisée qui participent à l’émergence d’agressions dans les relations quotidiennes, y compris envers le personnel médical, les pompiers ou dans le trafic routier.
La présence accrue des écrans et des réseaux sociaux dès le plus jeune âge favorise l’exposition à la violence et à la radicalisation des comportements dès le plus jeune âge. Ceci explique que des crimes puissent être commis par des adolescents de 13 ou 14 ans. Le narco trafic et l’argent facile favorisent les passages à l’acte.
Le système éducatif français laisse encore peu de place à l’importance du « savoir vivre ensemble » Mal intégré avec les autres matières, sans lien avec les familles et trop théorique. Il serait bon de s’inspirer de ce qui est fait en Finlande ou au Québec par exemple. Utile complément, les Écoles des Parents et des Éducateurs (EPE) sont un réseau d’associations françaises historiques qui accompagnent parents, familles et professionnels dans l’éducation et le quotidien.
La Journée mondiale de la gentillesse, qui est célébrée chaque année dans le monde, a eu lieu en France le 3 novembre 2025, la couverture media a été d’une rare discrétion…
Condition des femmes et bienveillance
Dans le monde du travail, la condition des femmes s’est améliorée mais l’inégalité salariale reste importante.
Un travail domestique dévalorisé et pourtant essentiel à nos sociétés. Non seulement, ce travail de soin n’est pas partagé équitablement mais il n’est pas valorisé par notre société. S’occuper des enfants, d’une personne malade, des repas, de la maison, des courses, des rendez-vous médicaux… tout ceci a une valeur au sein de notre économie. L’Organisation internationale du Travail (OIT) a mesuré la valorisation économique de toutes ces tâches réalisées : cela équivaut à 14,8 % du PIB de la France !
Les évènements récents : #metoo, féminicides, pédophilie, violences sexuelles… ont placé le problème de la condition féminine comme un problème de société de première importance. Tout cela aboutit à une remise en cause de « l’identité masculine ». « La déconstruction du masculin et la féminisation qui s’en est suivie chamboulent les hommes modernes en quête d’eux-mêmes. » Pour exemple, selon le rapport du HCE en 2023, 37 % des hommes en France considèrent que le féminisme « menace leur place » au sein de la société. Certains métiers jusqu’ici réservés aux hommes peuvent être désormais occupés par des femmes, tels que : pilote de chasse, chauffeur routier, peintre, sapeur-pompier, électricienne, cheffe de chantier, conductrice de travaux … Pour certains masculinistes surgit le fantasme du grand remplacement !
Bienveillance et contexte politique
La situation politique en France en ce début d’année 2026 peut être qualifiée de déplorable. La plupart des reformes jugées indispensables : santé, éducation, environnement, protection sociale, régulation des flux migratoires, retraite… sont restées en plan et ont fait l’objet d’affrontements incessants. Les causes de cet état de fait sont nombreuses. On peut citer en particulier :
- un taux de chômage qui reste important (proche de 8%) ;
- l’absence de réel dialogue social et culture de l’affrontement ;
- très fort décalage entre le discours politique et les réalités sociales ;
- sentiment d’injustice ;
- discrédit du politique et défiance généralisée (peopolisation et société du spectacle) ;
- très mauvaise image de l’entreprise ;
- sentiment anxiogène plus marqué que dans les autres pays ;
- peur du déclassement. Selon un baromètre Odoxa de janvier 2026, 60% des Français se sentent déclassés par rapport à leurs parents ;
- absence de projet collectif ;
- climat favorable à une montée du populisme et de l’intolérance.
Sur le plan géopolitique, le moins que l’on puisse dire est que la bienveillance n’est pas vraiment la valeur de référence. La diplomatie a laissé place aux rapports de force, l’opposition frontale a remplacé la négociation. Nationalisme et recherche de sécurité sont devenus l’argument majeur. Les actes violents, suscitant une abondance de messages contradictoires sur les réseaux sociaux, ont fini par convaincre les opinions d’évoluer vers des solutions plus radicales. Les raisons de se montrer optimiste deviennent difficiles à trouver !
Bienveillance et AVARAP
L’AVARAP s’est toujours positionnée comme une communauté de personnes soudées par la référence à des valeurs communes : respect mutuel, solidarité, tolérance, ouverture, transparence… Quatre valeurs fortes partagées par tous les Avarapiens : bienveillance, engagement, solidarité, autonomie. Bienveillance envers soi-même et envers les autres membres du groupe.
« La bienveillance est la pierre angulaire de toutes les relations humaines » – Dalai Lama
Claude Genin
AVARAP
Février 2026
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La bienveillance et l’humour dans le fonctionnement des groupes AVARAP