« Crab recrute un poète pour sa PME. Deux candidats se présentent.

Le premier entre, la main tendue, ouverte, le bras ferme, le sourire large, l’œil aiguisé, la foulée ample, et se carre solidement au fond du fauteuil que lui désigne Crab.

Le second entre à son tour, ses pieds le gênent pour avancer, il prête à Crab une main qu’il lui faut rendre, hésite à s’asseoir, enfin se pose en catastrophe sur le bord du fauteuil, et son regard se remplit de cils.

« Crab en déduit :

– que le premier est un rustre sans détours, sans mystère, sans finesse, un lourdaud opaque et encombrant, une tête liquide, un singe important, un athlète complet, une roue de camion, une brute qui prend sa nuque de taureau pour une arrière-pensée et le col à pointes de sa chemise pour les ailes du progrès, encore un de ce types pleins d’aisance incapables de produire autre chose que cette huile, grossiers personnages, pollueurs !

– que l’autre est une âme délicate et qu’il fera l’affaire. »

 

Extrait de « La nébuleuse du crabe » d’Éric Chevillard écrivain français