
Soirée AVARAP du 23 juin 2025 : Opter pour le management de transition

Le 23 juin 2025, une centaine de personnes ont assisté à la table-ronde sur le management de transition qui a réuni trois parrains de l’AVARAP : Laurent Vigneron, du Cabinet Maestrium, Frédéric Toquin, du Cabinet Robert Walters et Jean-Luc Carpentier, manager de transition. Ils ont présenté les atouts et les risques du management de transition dans le but d’aider les participants des groupes AVARAP à juger de l’opportunité de devenir manager de transition et réussir dans cette voie. Ils ont ensuite accepté de jouer le jeu de l’interview pour AVARANews.
Pouvez-vous nous décrire le marché français du management de transition ?
Laurent Vignon du cabinet Maestrium. Le management de transition est apparu en France il y a une trentaine d’années. Il est plus ancien dans d’autres pays européens. C’est un marché en belle expansion depuis une dizaine d’années et qui a connu une multiplication des acteurs. Il est présent depuis plus longtemps dans des pays comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne ou les Pays-Bas et moins dans les pays du Sud de l’Europe – c’est culturel – mais il s’y développe.
C’est un marché qui a doublé de taille en cinq ans pour atteindre un peu plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023. C’est un marché qui est dynamique et qui, dans notre pays, est très concentré sur le top management. Donc les métiers de comité de direction, de direction d’entreprise. C’est un marché qui concerne principalement des entreprises qui sont de taille moyenne et grande (dont les ETI). Les PME sont encore peu consommatrices de management de transition mais elles s’y mettent.
Aujourd’hui – et c’est historique – c’est l’industrie qui fait le plus appel au management de transition. Les fonctions financières sont également très présentes. Les fonctions de ressources humaines aussi, donc plutôt les fonctions régaliennes de l’entreprise. Ce qui est intéressant pour nous aujourd’hui, c’est que le management de transition gagne d’autres fonctions comme les métiers commerciaux, les métiers plus digitaux, l’informatique au sens large.
Le principal intérêt d’être un manager de transition c’est de répondre à des besoins urgents. On a, nous, entreprises de management de transition, quelques jours pour répondre à un client qui doit gérer une urgence, une urgence d’absence, un collaborateur qui, du jour au lendemain, n’est malheureusement plus dans les effectifs, une situation d’urgence de crise et Dieu sait que ces dernières années ont été des périodes de crise et puis, aussi, des besoins de transformation.
Comment un manager de transition qui intervient dans des périodes de crise ou d’urgence vit sa mission ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que l’on n’est pas manager de transition par hasard. On est préparé, par son positionnement dans l’entreprise et par les entreprises de management de transition qui répondent aux demandes de missions. Paradoxalement, ce qui pourrait paraître une situation de stress pour le manager de transition est une source de motivation parce qu’il va apporter des réponses à une entreprise qui rencontre de vraies difficultés. Il va travailler avec les équipes de l’entreprise car c’est avant tout un manager, et il n’a pas d’historique ni d’avenir dans l’entreprise : il a juste une mission à remplir et c’est pour cela qu’il est là.
Est-ce qu’il arrive que la mission évolue en cours de contrat ?
Quand on arrive dans une mission comme manager de transition, on a été préparé. Cette préparation est importante mais pas suffisante car il n’y a rien de tel que d’être dans l’entreprise avec les équipes et avec son client pour comprendre comment cette mission va se mettre en place. J’ai coutume de dire que les premiers jours le manager ne doit pas être dans son bureau, il doit rencontrer un maximum de gens pour comprendre l’environnement de l’entreprise et affiner la mission avec le client et l’entreprise de management de transition pour qu’au bout de quinze jours maximum il soit sur les rails et puisse se lancer dans l’aspect opérationnel. Il arrive bien entendu que, en cours de mission, elle s’enrichisse et que l’on redessine le cadre car cette mission est vivante et qu’elle peut bouger.
Quel est l’apport des entreprises de management de transition pour un manager de transition qui veut débuter dans le métier ?
Frédéric Toquin, du cabinet Robert Walters. Une entreprise de management de transition va vous accompagner de bout en bout, depuis la recherche de la mission, la rencontre avec le client, le démarrage de la mission et le suivi durant l’ensemble de la durée de la mission jusqu’à son terme. Elle apporte un cadre juridique – ce qui est un peu complexe quand on démarre – et c’est elle qui prend le risque financier avec le client. Elle vous accompagne aussi dans le choix de la structure qui va vous permettre de facturer tous les mois.
Cette entreprise de management de transition va vous accompagner non seulement dans l’exercice de cette mission mais également en intermission et pendant toute la durée de vie de votre activité. Et vous devez impérativement maintenir le fil avec elle de la même manière qu’elle doit maintenir le fil de discussion avec vous pour être informée de votre activité, de l’évolution de vos compétences et desiderata.
Les entreprises de management de transition représentent 80 % du marché et vous devez les contacter si vous envisagez de vous lancer dans ce métier.
En tant que manager de transition, comment gérer le stress de l’arrivée dans une mission ou par définition on intervient dans un environnement problématique, une crise, un départ de dirigeant, etc. ?
Jean-Luc Carpentier, manager de transition. Je dois dire qu’un manager de transition s’habitue vite à intervenir dans des environnements stressants. Je ne vais pas sous entendre que l’on est blasés mais que le stress n’est pas pire que celui qui frappe quelqu’un qui intervient en tant que DAF ou contrôleur de gestion sur une société qu’il découvre.
Ce qu’on doit gérer en revanche, c’est le stress de l’environnement de l’entreprise : les collaborateurs sont en général conscients que cela ne va pas bien et on leur dit qu’un manager de transition va débarquer avec des codes et des techniques différentes. Il est important de gérer ce stress et de rassurer autant les collaborateurs que les fournisseurs ou les clients, ce qu’on appelle toutes les parties prenantes de l’entreprise. J’ai moi-même la chance d’avoir des compétences de médiateur et j’ai donc tout un panel d’outils de résolution des conflits qui me permettent d’avancer plus sereinement dans la réussite de ma mission.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans le management de transition ?
Le premier conseil c’est d’être très humble. Vous arrivez dans une société, vous êtes le dernier arrivé et vous ne connaissez rien à rien. Donc il faut vite s’appuyer sur les équipes, les écouter, intégrer leurs suggestions car les personnes qui sont dans l’entreprise depuis des années ont une valeur, sinon l’entreprise les aurait remerciés, et y ajouter votre expérience différente et votre regard extérieur car vous êtes là pour ça.
Il faut aussi rassurer et identifier les personnes qui ne vont pas vous aider pour parler poliment et vous appuyer sur une base de personnes solides qui sont prêtes à jouer le jeu et à travailler avec vous à la réussite de la mission.
Aller plus loin :
maestrium.fr
robertwalters.fr