Cadres dirigeants en transition de carrière : faut-il viser le CDI, le conseil, ou l’entrepreneuriat ?

Une transition de carrière constitue pour un cadre dirigeant un moment singulier. Après plusieurs années passées à exercer des responsabilités importantes, à piloter des équipes, des transformations, la question qui se pose n’est plus seulement « quel poste retrouver ? », mais « quelle forme de carrière ai-je désormais envie de construire ? » Le marché offre aujourd’hui plusieurs voies : retrouver un poste de direction en CDI ; développer une activité de conseil, ou encore de management de transition, ou alors se lancer dans l’entrepreneuriat. Ces trois potions ne correspondent ni aux mêmes motivations, ni aux mêmes contraintes, ni au même rapport au risque.
Le CDI demeure une option particulièrement pertinente pour un dirigeant qui souhaite inscrire son action dans la durée, et au sein d’une entreprise qu’il apprécie. I permet de retrouver un environnement organisationnel, une équipe à diriger, et une feuille de route suffisamment longue pour conduire des transformations complexes. Pour un dirigeant, l’intérêt d’un CDI ne réside d’ailleurs pas uniquement dans la sécurité de l’emploi. Il offre aussi un cadre permettant d’exercer une influence durable sur une organisation. Cela nécessite souvent plusieurs années. Le CDI permet cette continuité.
Il peut également répondre à une aspiration plus forte : celle de retrouver une équipe et un collectif. Après une période marquée par l’incertitude et une succession de rendez-vous individuels, le fait de rejoindre un organisation peut représenter une source importante de stimulations professionnelles et personnelles, ainsi que de sécurité. Cette option comporte cependant quelques inconvénients. Retrouver un poste de cadre dirigeant peut être long, notamment lorsque le niveau de responsabilité est élevé et que le nombre de postes correspondant exactement à son profil est limité. La recherche d’un CDI peut donc conduire à une forme d’attentisme : multiplier les candidatures et les entretiens, en espérant retrouver « à peu près le même poste qu’avant » n’est pas toujours une stratégie judicieuse. Par ailleurs, pour diverses raisons, un CDI ne met pas à l’abri d’aboutir à une rupture en cours de période d’essai longue ou plus tard. Le CDI est donc tout à fait cohérent et adapté quand le dirigeant recherche la continuité, la construction collective, ou un horizon de transformation suffisamment long. Il suppose néanmoins d’accepter un processus de recherche parfois pénible, et de repenser, si nécessaire, son propre positionnement professionnel.
Le conseil : transformer son expérience en expertise
Le conseil constitue une voie souvent naturelle pour un ancien dirigeant. Après plusieurs années d’exercice opérationnel, celui-ci possède un capital d’expériences et de pratiques qu’il peut mettre au service de nombreux clients. Cette voie peut prendre des formes très diverses. Il peut s’agir de conseil stratégique, d’accompagnement de dirigeants, de conseil organisationnel, de transformation, de gouvernance, ou encore de management de transition. Dans ce dernier cas, le dirigeant intervient directement au sein d’une organisation, pendant une période déterminée qui peut aller de quelques mois à plus d’un an, pour répondre à une situation précise et passagère : remplacement temporaire d’un dirigeant, restructuration, changement de stratégie, conduite d’un projet stratégique, etc.
Le principal avantage du conseil réside dans la diversité des situations rencontrées. Le consultant peut multiplier les contextes, les secteurs d’activité, et les problématiques. Cette variété peut être stimulante pour certains profils. Le conseil offre aussi une possibilité de repositionnement.
Quant au management de transition, il permet à un dirigeant senior de plus de 50 ans d’accéder beaucoup plus facilement à des responsabilité, que par un CDI qui devient plus difficile d’accès à cet âge.
Mais cette liberté à une contrepartie. : il lui faut construire une activité, surtout s’il est indépendant. Etre expérimenté, même à haut niveau, ne suffit pas nécessairement pour devenir consultant. Il faut définir, une proposition de valeur claire, identifier des prescriptions, conquérir des clients, et appendre à vendre son expertise sur un marché très concurrentiel. Que l’on soit installé en indépendant ou au sein d’un cabinet-conseil, surtout s’il est modeste, cette dimension commerciale est primordiale pour la réussite. Elle est souvent plus importante que la dimension technique. C’est donc un changement culturel important pour la plupart des dirigeants. En effet, dans une grande organisation, le dirigeant bénéficie de la puissance de la marque, d’une équipe commerciale, des fonctions supports et d’une structure déjà constituée, En conseil, surtout en indépendant, il devient lui-même une partie essentielle du dispositif commercial. Le conseil, peut donc constituer une excellente solution pour un dirigeant qui recherche davantage d’autonomie, à condition d’accepter et de réussir dans une relation différente au marché et au développement commercial.
L’entrepreneuriat : Passer de l’expérience à la création
La voie de l’entrepreneuriat peut prendre différentes formes : création d’une entreprise, reprise d’une PME, association avec un autre entrepreneur, acquisition d’une société ou d’une franchise. Pour un cadre dirigeant expérimenté, l’entrepreneuriat présente un intérêt particulier. Il permet de mobiliser simultanément son expérience stratégique, son réseau, sa capacité managériale, et sa connaissance des organisations. Il peut aussi répondre à une aspiration qui devient plus forte avec l’expérience : ne plus seulement participer aux décisions, mais choisir le projet, le modèle économique, et la direction à prendre. Le dirigeant doit s’interroger sur son rapport personnel au risque. Après une carrière confortable, accepter de voir ses revenus fluctuer et de consacrer une part importante de son temps à des activités commerciales ou administratives peut constituer un changement majeur. L’entrepreneuriat apparait donc moins une solution de repli qu’un projet professionnel à part entière. Il devient particulièrement pertinent lorsque le dirigeant dispose d’une conviction forte sur un marché ou un besoin précis, d’une capacité financière adéquate, d’un savoir-faire en matière de mobilisation de son réseau, d’une envie réelle de construire et de développer plutôt que de retrouver simplement une position professionnelle et sociale classique.
En résumé, pour un cadre dirigeant en transition, la question « CDI, conseil ou entrepreneuriat ? » n’appelle pas une réponse universelle. Elle dépend de la situation financière, du projet de vie, de l’appétence au risque, du besoin d’autonomie, de la volonté de manager une équipe, et surtout de la manière dont chacun souhaite utiliser son expérience dans la prochaine phase de sa carrière. Le CDI offre la possibilité de s’inscrire dans la durée et de construire au sein d’une organisation. Le véritable enjeu d’une transition réussie est donc de ne pas réduire son choix à un statut juridique, ou contractuel. Il s’agit de définir le modèle souhaité et conforme à la personnalité et aux aspirations de chacun en deuxième partie de carrière.
Emile Biardeau
AVARAP