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Panorama de la connerie
 

AVARANEWS N° 25 - MARS  2019


 

Panorama de la connerie

Poule-avec-un-couteau

Etudier la connerie c’est un peu analyser l’évolution humaine. Elle est, comme le bon sens, la chose du monde la mieux partagée. La connerie est de tous les temps mais elle dispose désormais, grâce aux nouvelles technologies, de modes d’expression beaucoup plus étendus. L’état du monde témoigne du fait qu’elle est active à l’échelle planétaire. A certaines époques les partisans de la raison et de la sagesse ont l’impression de faire partie d’une minorité opprimée.

« Je crois que si on pouvait transformer la connerie en énergie, nous n’aurions plus aucun problème d’approvisionnement. »

Jean Pierre Petit (Astrophysicien) 

 

Après une longue période d’observation j’en suis arrivé à la conclusion selon laquelle la connerie est présente dans toutes les catégories socioculturelles à un niveau relativement constant. Il faut reconnaître néanmoins que certaines catégories sont nettement plus exposées que d’autres, ainsi parmi les membres de sectes et groupes extrémistes de tous bords. Certaines périodes favorisent  sa propagation. Il n’existe pas de vaccin  efficace contre la connerie mais s’il en existait un les néo cons seraient évidemment contre.

La définition du con est évidemment subjective on est toujours le con de quelqu’un (si c’est un vrai con ce n’est pas grave !).

Le con a une solution pour tous les problèmes : la sienne ! (Y ka faux con).

Agir comme un con peut être le résultat d’une pulsion associée à la recherche d’un plaisir immédiat ou à un moment de colère. La connerie est souvent un état passager (les adolescents sont particulièrement exposés) mais c’est parfois un état quasi permanent. Dans beaucoup de cas, on observe une continuité, « C’est avec les jeunes sots qu’on fait les vieux cons », proclamait un slogan de mai 68.                                                                                                                                                                                            

Le nombre de synonymes de con témoigne d’une grande richesse sémantique : andouille, âne, ballot, bête, benêt, bêta, bêtasse,  buse, connard, connasse, corniaud, cornichon, banane, borné, couillon, bas du front, balourd, neuneu, nigaud, bécasse, crétin, toqué, cruche, dinde, gourde, idiot, attardé, abruti, blaireau, patate, enfoiré, imbécile, courge, fêlé, niais, pauvre d'esprit, débile, duschnock, tête de nœud, tête de vier, zinzin, sot, stupide…

 

Parmi les nombreux  synonymes relevés on peut en distinguer trois qui présentent des traits spécifiques :

• La bêtise, « défaut d’intelligence et de jugement » selon le dictionnaire Littré ; s’en tient à des évidences, voire à des préjugés ; elle témoigne d’une incapacité à comprendre. Fondée sur l’ignorance elle est moins dangereuse que la sottise.

• La sottise est plus un défaut moral qu’intellectuel ; le sot n’est pas bête, instruit, parfois savant il se caractérise par sa suffisance et sa pédanterie. « Il n’y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l’esprit », La Rochefoucauld.

 

 « La bêtise et la sottise diffèrent essentiellement en ceci, que les bêtes se soumettent volontiers à la nature, et que les sots se flattent toujours de dominer la société »  Madame de Staël

L’idiotie a une forte connotation psychiatrique. Il s’agit  d’un ancien terme médical désignant un handicap mental. Le crétin y est souvent assimilé. Attention, rappelle Antoine de Baeque, historien et auteur de L'Histoire des crétins des Alpes, « Il ne faut pas confondre les cons avec les crétins, qui est une forme pathologique. La connerie est une forme de luxe : on choisit d'aller emmerder le monde ».

La connerie permet des variations plus amples que la bêtise, la sottise et l’idiotie, elle a, en quelque sorte, une fonction générique apte à fédérer toutes les formes de déviation psychologique ou mentale. « La connerie demeure basée sur l'arrogance, l'intolérance et les certitudes bouffies, même si elle prend aujourd'hui de nouvelles formes pour s'exprimer », constate Jean-François Marmion

Le con peut se prétendre intelligent comme l’escroc vanter sa probité, il n’est jamais saisi par le doute. « Moins on a de connaissances et plus on a de convictions », rappelle Boris Cyrulnik.

Reconnaître qu’il nous arrive de nous comporter comme un con est déjà une marque d’intelligence.

Le propre d’un con est de ne pas se douter qu’il l’est. « Pour le savoir, il lui faudrait se décentrer, se voir avec les yeux d’autrui… Ce qui suppose alors qu’il ne le serait pas »,  René Zazzo

Les tenants exclusifs du cerveau gauche sont plus aptes à la connerie que ceux du cerveau droit en ne laissant aucune place au rêve et à la poésie.

Le goût de la transgression favorise la connerie. Conduire une voiture les yeux fermés pendant 20 secondes constitue un bon exemple.

La connerie existe depuis le début de l’humanité.

 

La connerie et les femmes

La connerie n’a pas de sexe, les connes sont cependant bien présentes mais leur expression est souvent différente. Pour Aaron James, auteur de : Assholes : A Theory, la connerie est (encore ?) un domaine où les femmes n'ont pas atteint la parité avec les hommes.

« Je trouve que la plus stupide, la plus connasse des bonnes femmes n'est pas aussi con qu'un homme. La connerie, la vraie connerie, la connerie rutilante, la connerie superbe, c'est l'homme. » Frédéric Dard

Le con « brut de fonderie » » immortalisé par le regretté Cabu en est la plus convaincante illustration.

Le plus préoccupant concerne les cons qui veulent convertir les autres à leur connerie. « La connerie, ce n'est pas grave ; ce qui est terrible, c'est la connerie militante », Boris Vian. Le fanatisme en est l’application la plus spectaculaire.

 

On peut distinguer trois grandes catégories de cons :

  • Le brave con magnifiquement interprété par Jacques Villeret dans le film de Francis Veber « Le dîner de cons » ne cherche qu’à faire le bien mais sa connerie le dépasse et il est souvent maladroit.  
  • Le pauvre con se caractérise par une grande passivité et une certaine indifférence par rapport à ce qui lui arrive. Souvent assimilé à un veau il marche volontiers en troupeau.
  • Le sale con est malfaisant et n’hésite pas à avoir recours à la violence. Ceux qui disposent d’un pouvoir sont  naturellement les  plus dangereux. Aux Etats-Unis tous les sales cons sont armés, les plus cons sont généralement les mieux équipés.

 

« Comment font tous les cons pour vivre en bonne intelligence ? » Frédéric Dard

 En entreprise certains managers peuvent causer beaucoup de dégâts humains compte tenu de leur perversité narcissique, le harcèlement est l’une de leurs occupations favorites.

Selon  Robert Sutton, professeur de sciences de gestion à l'Université de Stanford et  docteur en psychologie organisationnelle de l'Université du Michigan et auteur de « Objectif Zéro-sale-con »: « Le CTSC c’est le « Coût Total des Sales Cons », l’impact sur l’entreprise en termes de recrutement, de conservation des salariés, de clients perdus, de perte de productivité, etc. Même s’il est difficile à évaluer avec précision, c’est un exercice qui vaut la peine, et un indice qui devrait figurer en bonne place dans la comptabilité analytique. »  

 

Deux catégories de cons

Ceci étant, en  prenant un peu de recul on peut  distinguer deux catégories de cons qui englobent toutes  les autres :

• Le con contextuel dont la connerie résulte de la pression de l’environnement dans lequel il se trouve. La société crée des cons à chaque fois qu’elle dysfonctionne, ce qui arrive malheureusement assez souvent.

• Le con congénital (heureusement plus rare) programmé dès la naissance et dont la connerie s’épanouit et se développe dans toutes les circonstances. Une forme de talent naturel en quelque sorte.

Que faire des cons ? Les combattre est difficile et il y a souvent risque de contamination. Alors il faut  s'entraîner à faire avec. Il n ‘est guère possible de changer un con. On peut seulement changer son rapport avec lui et éviter un inutile rapport de force en se plaçant à un autre niveau. Il s’agit en fait d’éviter de se comporter soi-même comme un con mais, au contraire, d’améliorer sa capacité en relations humaines.

Il peut  arriver que la qualification  de con soit parfois teintée de bienveillance, « quel con alors ! », voire d’une nuance de reproche amical « non mais t’es con ou quoi ? » 

Dans d’autres cas elle se présente comme un défi « si vous voulez jouer au con on sera deux ! »

L’appellation connard est chargée de plus d’intensité. Le connard s’attaque généralement aux plus faibles. Le bizutage par exemple lui permet de donner sa pleine mesure.

Heureusement la plupart des cons parlent plus qu’ils n’agissent. Le langage est le véhicule naturel de la connerie. Enfumage, obscurantisme, langage creux, incontinence verbale, sont les attributs naturels de la connerie que résume bien le mot anglais « bullshit ». (Pour les amateurs, le site http://g-langue-de-bois.fr/ présente des propositions intéressantes).

Devenir vraiment  con nécessite parfois un long travail sur soi  et les centres de formation affichent souvent des tarifs prohibitifs ? Certains ont trouvé la solution…

Le con aime les distractions mais il est assez sélectif au niveau de ses choix.

 

Un médicament contre la connerie

Le médicament contre la connerie a finalement été trouvé après d’intenses recherches de l’institut de connologie de Strasbourg. Il est préconisé en traitement de fond en cas de contact prolongé avec des cons. C'est le Fepalcon  comprimé 500 mg en boîte de 90.
La prise de ce médicament ne dispense pas du régime et sa poursuite régulière est toujours indispensable Effets indésirables possibles : crises de lucidité,  bouffées de modestie excessive…

La connerie est parfois associée à des objets, par exemple « Con comme un balai ; con comme une valise sans poignée ; con comme un manche »

Par contre, l’expression « con comme la lune » est particulièrement insultante pour les astronautes.

• La publicité, moteur de la consommation, présente parfois une image rutilante de la connerie. Elle est prête à tout pour inciter à l’achat de produits, ou services, souvent inutiles. Éveiller le désir, susciter la frustration, donner l’illusion du pouvoir, promettre le bonheur, la liberté… l’injonction subliminale « vous méritez mieux et plus » commence seulement à être remise en question.

Les valeurs auxquelles se réfèrent bon nombre de  publicitaires me semble bien résumées par cette phrase célèbre de  Jacques Séguéla : « Si à cinquante ans, on n'a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie. »  

 

Effet multiplicateur d'Internet                                                                                                                                                                                              

Avec internet la connerie trouve un moyen d’expression privilégié, les réseaux sociaux permettant de fédérer des milliers de cons en quelques clics.

 « Je n’ai pas de gosses, mais j’ai un neveu auquel j’impose des limites. Il y a certaines choses que je ne lui autorise pas. Je ne veux pas qu’il aille sur un réseau social » déclarait Tim Cook (actuel DG d’Apple) en janvier 2018 dans The Guardian 

Les cons sont souvent les plus motivés pour la transmission d’infox et de théories complotistes.  

« Il n'est pas une seule pensée importante dont la bêtise ne sache aussitôt faire usage; elle peut se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes de la vérité. » Robert Musil  De la bêtise.

L’avènement des « fake news » met en exergue ce que la philosophe Myriam Revault d'Allonnes appelle la faiblesse du vrai. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire et certains préfèrent en inventer d’autres…

 

L’impact des médias
Les médias ne sont pas en reste. L’information n’est plus leur préoccupation principale. Obsédés par le souci d‘obtenir le meilleur score ils mettent sur le  même plan les événements les plus anecdotiques au même niveau que les sujets importants. L’impératif n’est plus celui de la connaissance mais celui de la rentabilité. Le travail d’analyse est désormais remplacé par les micros trottoirs. (A l’occasion d’un fait divers tragique un témoin, qui n’a rien pu voir, est longuement interrogé).

Des chaînes de télévision (comme BFMTV) déversent en continu des informations qui privilégient le spectaculaire sur un registre émotionnel qui ne laisse aucune place à la réflexion. 

La culture a laissé place au divertissement où la téléréalité règne en maître. L’offre est pléthorique : « Marseillais à Miami », « Nouvelle Star », « Les anges de la télé-réalité  », « Les chtis »,  « Bachelor », « L'Ile des vérités », « Koh-Lanta »,  « Top Chef », »Secret story »… Médiocrité, voyeurisme, exhibitionnisme…  désir de célébrité pour les candidats à ces émissions qui véhiculent les stéréotypes les plus éculés, cette forme d’abêtissement n’est pas loin de la connerie.

Mais il y a encore des sources de progrès : un usage inconsidéré des algorithmes pourrait conduire à une forme de connerie artificielle qui dépasserait  les limites de la connerie humaine.

« Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles », Shakespeare

 

L’humour comme antidote à la bêtise ? 

La plupart des cons sont totalement dénués du sens de l’humour. L’humour suppose en effet la capacité à prendre de la distance permettant d’accéder à une certaine forme de modestie. Par contre ils pratiquent volontiers l’ironie qui permet d’humilier. 

La célèbre affirmation d’Einstein est un bon exemple d’humour : «Il y a deux choses d’infini au monde : l’univers et la bêtise humaine mais, pour l’univers, je n’en suis pas très sûr ».

Sur le registre populaire, citons la réplique culte, assénée par Jean Gabin dans le film Le Pacha, de Georges Lautner : «  Quand on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner ».

Notons enfin qu’une certaine forme d’anticonformisme a pu être considérée à tort comme le signe d’une déficience intellectuelle. Ce qui paraît impossible n’est pas toujours contraire à la raison.

« Si l'on ne pèche pas du tout contre la raison, on n'arrive généralement à rien », Albert Einstein

Certains grands inventeurs ont d’abord été considérés comme de gentils neuneus. « La folie est la source des exploits de tous les héros », écrivait Érasme dans son ouvrage « L'éloge de la folie ».     

              

Je me garderai bien d’apporter une conclusion à ce texte car comme disait Flaubert : « La bêtise, c’est de conclure. »

Comme l’affirme  Woody Allen : « L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est totalement impossible. »

Soyons indulgents avec les cons qui ne cherchent pas à nuire, la tolérance est nécessaire pour le vivre ensemble.

Restons humains, soyons imparfaits et acceptons le fait de se comporter parfois comme des cons !

 

Claude Génin , consultant RH  Conseil en connologie

                                                                                                                                             

 

 

 

 

 

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